Jouer en ligne
Le Texas Hold’em joué online n’est pas bien éloigné du jeu en salle, club, ou casino. La preuve en est que les joueurs online qui se qualifient via les satellites vers de « vrais » grands tournois y réussissent plutôt bien, et même remarquablement – voir l’exemple de Phil Hellmuth aux WSOP ou, plus récemment encore, de Brooke au PCA. Pourtant, quel rapport peut-il y avoir entre un affichage virtuel et une table concrète, entre des joueurs réduits à l’état de pseudo et des individus présents en chair et en os ? C’est que le jeu lui-même est le plus important…
Les spécificités online
Pas de tells directs
Avant tout, vous jouez contre des inconnus « invisibles ». De telle sorte que les signes et attitudes qui peuvent trahir une main ou la valeur réelle d’une enchère sont réduits à leur plus simple expression — nous détaillons plus loin les plus notables de ces quelques tells. Bien sûr, vous êtes tout aussi invisible qu’eux. Et vous pouvez tranquillement sourire à votre moniteur devant un flop enchanteur ou pester contre une river désastreuse sans autres témoins que votre famille consternée. Abrité derrière la toile, vous pouvez oublier totalement la fameuse « poker face ».
Impassible comme votre écran
Cette liberté d’expression n’est pas nécessairement profitable. C’est une mauvaise habitude dont il faut se débarrasser avant de jouer en salle. Mais, même online, c’est une source supplémentaire de déconcentration : les sentiments sont d’une certaine façon amplifiés grâce à leur libre expression, et le joueur a tendance à les prendre d’autant plus en compte. Évitez donc, même dans la solitude numérique, les manifestations inutiles, restez impassible pour mieux coller au jeu.
La griserie de la vitesse
Le jeu est ensuite beaucoup plus rapide : pas de cartes à battre ni à distribuer, pas de jetons à compter avant de les miser, pas d’hésitations de manipulations, bref, aucun retard matériel. Dans le même temps, on joue en moyenne trois fois plus de coups sur le Net qu’à une table en club : par main, un peu plus d’une minute online, entre trois et quatre minutes en salle. La première conséquence est évidente, le rythme effréné du jeu a tendance à entraîner avec lui le temps de réponse du joueur, bien qu’il dispose souvent du même délai autorisé de réflexion.
Veillez donc à ne céder à cet agréable sentiment de vitesse que lorsque votre main vous le permet. Sinon, dans un coup grave et délicat, prenez votre temps, sans vous préoccuper des manifestations d’impatience qui apparaissent parfois dans la boîte de dialogue.
Le piège de l’abondance
Une autre particularité du web peut vous pousser à jouer relâché ou, disons, « juste pour passer le temps », ce qui donne rarement de bons résultats.
C’est naturellement qu’à tout instant, vous avez à votre disposition des milliers, si ce n’est des millions, d’adversaires et de tables. Cette délicieuse abondance, qu’on ne peut déplorer puisqu’elle a donné enfin à tous un accès immédiat au poker, dédramatise cependant le jeu : vous ne vous êtes pas déplacé jusqu’à un club, un casino, pour jouer une partie unique ou entrer dans une compétition exceptionnelle.
Cette « banalisation » par l’abondance entraîne bien des joueurs à oublier, selon la formule mythique de Lou Krieger, de « jouer toujours leur meilleur poker ».
Un rituel inversé
À l’écran, vos cartes vous sont instantanément affichées dès leur distribution. En salle, le rituel veut que vous ne les regardiez qu’à votre tour dans l’ordre de parole, avant de placer votre enchère. Ce n’est pas du tout un détail, car l’ordre dans lequel le joueur traite les informations est absolument inversé.
Online, vous voyez d’abord votre main, et jugez aussitôt de son potentiel. Les enchères adverses viennent ensuite. Vous détenez donc vos informations personnelles avant leur contexte. Et, si vous êtes en fin de parole, et que vos adversaires réfléchissent un tant soit peu, vous avez le temps d’établir, consciemment ou pas, un schéma d’attitude pour le coup avant même que ce soit votre tour d’annoncer.En salle au contraire, vous assistez aux enchères adverses avant de découvrir votre main. Ce sont donc des informations « neutres » tant que vous ne pouvez pas les mettre en relation avec la nature de vos cartes. C’est d’ailleurs assez déstabilisant quand on a joué seulement online : y a une sorte d’effet de surprise, suivi de la sensation d’être pris au dépourvu et même de manquer de temps, puisqu’on doit faire marche amère par rapport à son processus mental habituel.


