Conseils pratiques

Un détail peut tout changer. Alors prémunis­sez-vous contre les pièges que vous tendent les facilités du jeu online par quelques précau­tions très pratiques. Vous les connaissez sans doute si vous jouez souvent, mais les appli­quez-vous ?

Éloignez la souris

Une des premières différences avec le jeu à une table, c’est que sur internet, il vous suffit de cliquer pour « prendre une décision ». Par exemple, vous n’avez pas à pousser l’ensemble de vos jetons au centre de la table pour faire tapis… Un clic, c’est tout.
Le risque est donc énorme de décisions pri­ses sur un coup de tête. Un moyen de l’éviter: entre les coups, ne laissez pas votre main sur la souris ! La simple conscience du geste à faire pour que votre main la rejoigne vous avertira indirectement que vous devez réfléchir.

Ne faites pas autre chose!

Oui, vous êtes un joueur sérieux, serré, et tout, qui sélectionne bien ses mains et qui finalement joue peu. Du coup, avouez que vous vous ennuyez un peu en vous couchant souvent pré-flop…
Donc, vous avez bien le temps d’aller regar­der vos mails ou les dernières dépêches AFP, pourquoi pas même de réorganiser les icônes de votre bureau ou de revoir une ou deux de vos photos de vacances?
Alors sachez que, si votre ordinateur est mul­titâche, vous, vous ne l’êtes pas tant que ça : en vous éparpillant ainsi, vous perdez à la fois votre concentration et le fil de la partie, donc votre feeling. Ce qui entraîne au mieux un jeu stéréotypé, au pire des décisions absurdes, le plus souvent une perte excessive ou une éli­mination prématurée. Ne faites rien d’autre sur votre ordinateur, ou vous allez perdre, tout simplement.

Ne soyez pas trop subtil

Pour les mêmes raisons d’activités annexes et d’attention perturbée, chez vos adversaires cette fois, ne vous lancez pas dans des manoeu­vres d’enchères trop subtiles. On ne suit pas si précisément que cela vos géniales manoeuvres, et elles risquent même d’obtenir l’effet inverse
de celui que vous souhaitez. En outre, dans les tournois à multiples tables, le va-et-vient des joueurs limite l’impact de votre profil. Ainsi, appuyer un bluff sur votre profil serré, ou un slow-play sur un profil agressif, a plus de chan­ces d’être inefficace.

Évitez le multi-table

Facile de jouer en ligne à plusieurs tables simultanément : jusqu’à quatre parties, tout reste même parfaitement lisible sur un bon moniteur… En revanche, la pertinence de votre jeu risque d’en souffrir terriblement ! D’abord parce que la multitude de vos adver­saires fait que vous n’avez plus aucune idée du profil de chacun : c’est exactement comme si vous affrontiez des « bots », des joueurs automatiques.

Comme un robot

Par ailleurs, vous êtes vous-même devenu un bot: vous êtes contraint de prendre vos déci­sions d’enchères à la seule vue mathématique des cartes et des enjeux, sans aucune part de feeling. Enfin, les mains se bousculent inévita­blement, et vous devez cette fois vous en remet­tre totalement à la chance pour espérer pouvoir vous coucher tranquillement à une table pen­dant que vous jouez un coup plus important à une autre. Pour le reste, vous allez devoir affron­ter en même temps plusieurs mains et flops déli­cats, impossibles à bien gérer simultanément. La seule solution est alors de jongler avec votre temps maximal de réflexion à chaque table, et donc de faire attendre les autres joueurs. C’est désagréable pour eux, stressant pour vous, et le jeu n’y gagne rien. Moralité : deux tables au maximum, sinon, bonjour les dégâts !

Apprenez à mémoriser vos deux cartes

Vous essayez de vous qualifier pour le WSOP de Las Vegas?
Bonne idée, mais en ligne, une fois que vous vous êtes couché pré-flop, et que vos cartes ne sont plus affichées, pouvez-vous toujours en dire la hauteur (oui, le plus souvent) et la couleur exacte de chacune (beaucoup moins souvent)? Pourtant, à la table finale du Bellagio, quand vous affronterez cartes en main Hellmuth ou Bruel, il sera hors de question (sauf manoeuvre subtile de bluff) de retourner soulever et véri­fier vos deux cartes en cours de coup.

Entraînez-vous donc dès maintenant à mémo­riser exactement votre main privée au premier coup d’oeil. Pour cela, désactivez l’option d’af­fichage des cartes après abandon, et vérifiez en fin d’un coup où vous vous êtes couché pré­flop si vous êtes toujours capable d’énoncer précisément vos deux cartes.

Faites du chiffre

Par rapport à une table classique, vous avez un meilleur contrôle du montant des mises et des stacks, puisque les valeurs en sont claire­ment affichées à l’écran. N’oubliez donc pas d’utiliser pleinement ces éléments de déci­sion à votre profit. Cochez sans hésiter l’op­tion qui écrit le montant d’une mise à côté de sa représentation purement graphique. En revanche, méfiez-vous quand vous jouerez en « réel » : cette extrême lisibilité vous a donné de mauvaises habitudes. Avec les « vrais » jetons, rapports de forces et enchères sont tout de suite beaucoup moins rapidement perceptibles. La valeur intrinsèque des car­tes, mains comme tableau, reprend alors le premier plan.

Silence dans la salle!

Si vous jouez une partie importante, ou une fin de tournoi cruciale, fermez la fenêtre de dialo­gue. Vous n’avez pas à distraire votre atten­tion en lisant les réparties de vos adversaires (ni leurs souvent répétitifs « vnh » – « ty », « Very nice hand — bien joué » – « Thank you — merci ») ou surtout en participant vous-même à la conversation. Masquez ou désactivez donc la boîte de dialogues, c’est plus sûr.

Évitez le marathon (1)

Plus vous perdez, plus vous continuez à jouer pour espérer enfin gagner. Et plus vous gagnez, plus vous continuez à jouer pour continuer à gagner… et vous perdez ! N’entrez pas dans ce cercle vicieux en enchaînant frénétiquement les parties: c’est facile sur le net, mais bien vite votre attention se dégrade, votre plaisir s’atté­nue, votre jeu s’automatise, et vous enchaînez erreurs et contre-performances. Pas de mara­thon: sachez garder chaque partie comme un moment précieux, intense, et vous jouerez ainsi toujours « votre meilleur poker ». En outre, vous n’endommagerez pas votre bankroll par une série de parties bâclées et perdues, annulant toutes vos victoires antérieures. Déprimant, et vous le savez !

Évitez le marathon (2)

À part si la dotation ou la qualification pro­mise peut changer votre vie, évitez les tour­nois à 10 000 participants. Vous vous enga­gez dans une épreuve infernale qui va durer un minimum de dix heures et se transformer en véritable pensum. Sauf si vous arrivez à la table finale? Quel que soit votre talent, la pro­babilité est nécessairement faible. Et, le plus souvent, si vous êtes un bon joueur, vous dis­paraîtrez au bout de cinq à six heures de jeu pour une place primée proche de l’aumône. Déprimant, un remède contre le poker ! Améliorer votre bankroll ou aller chercher la qualification dont vous rêvez par des chemins plus astucieux — il y en a toujours d’autres que ces tournois de masse, et pas nécessairement pour un investissement supérieur.