Techniques au poker

Comparer le stack de vos voisins de table avec le vôtre est riche d’enseignements quand les écarts sont importants. Globalement, avantages et désavantages de position se trouvent exagérés. Comment enchérir avant un « beaucoup plus riche » ou avant un « beaucoup plus pauvre » que vous ?
Pour définir les différents profils des joueurs assis à votre table, nous utiliserons les termes “pauvre” pour ceux qui ont peu de jeton et “riche” pour les plus munis.

LES ECARTS DE FORTUNE

Positions plus contrastées :

Quand vous avez comme voisins des joueurs dont le tas de jetons diffère nettement du vôtre, par le haut ou par le bas, vous avez plus que jamais intérêt à parler après eux. En effet, leurs enchères n’appliquent plus la même échelle que la vôtre, ni même l’échelle « standard ».
Le pauvre short stack est contraint de sur contraster ses enchères, dans une politique obligatoire du tout ou rien.
Le riche deep stack lui, à plutôt tendance à sur miser, c’est-à-dire à utiliser à raison sa puissance de jetons.
Ces deux éléments exagèrent donc votre avantage/désavantage de position.

Préflop douteux :

Avec un voisin pauvre ou riche, vous êtes donc confronté à des enchères imprévisibles avant le flop, et très difficiles à décrypter après. Préflop, le pauvre va se coucher ou se mettre all-in, sans moyen terme. Le riche, s’il est agressif et s’appuie sur son stack, aura tendance à toujours augmenter la mise de base pour entrer en jeu, ou à se coucher.
Bref, il ne limpera plus que rarement.

Post-flop coûteux :

Post-flop, le riche va bien souvent ouvrir ou relancer à une hauteur qui est très coûteuse pour vous. Le problème est qu’il vous est difficile de décrypter s’il s’appuie sur une main réellement solide, car il est très facile pour lui de bluffer ou d’effectuer une mise de continuation. Quant au pauvre, vous le verrez rarement dans les enchères post-flop. C’est dommage, car à ce moment du coup, vous auriez pleinement bénéficié du dôle du riche.

LE PREFLOP

Avant un riche :

Un joueur juste après vous dont le stack domine largement le vôtre est un problème.
Si ce joueur est agressif, il va sur miser la plupart de ses mains jouables pour profiter de sa situation. Donc, quand vous entrez en jeu préflop ; vous devez vous attende souvent à une relance de sa part. Si vous avez une main moyenne à construire, vous êtes alors confronté à un investissement que vous ne voulez pas nécessairement risque.
Résultat : vous ne pouvez plus entre en jeu avec des mains moyennes, ni avec des mains plutôt faibles. Vous vous devez de serrer votre sélection.

Avant un pauvre :

Un joueur après vous qui n’a plus que quelques jetons pose un problème équivalent.
Ce joueur attend vraisemblablement une main forte ou honorables (carte haute + x) pour se mettre tapis. Vous ne pouvez pas prévoir quand il le fera.
A chaque coup, avant d’entrer en jeu, vous devez donc considérer la possibilité d’être poussé à la hauteur de son tapis. Avec des consécutives basses, ou des assorties moyennes, vous risquez d’être en difficulté : ce ne sont pas des mains idéales de all-in.

Ne pas renflouer :

Ces mains deviennent donc plus difficilement jouables, hasardeuses en tout cas, même si le tapis adverse est bas : vous allez gaspiller des jetons avec des probabilités défavorables, et renflouer en partie ce joueur affaibli.
Comme face à un deep stack, une solution est alors de resserrer votre sélection et de contraster vos enchères : quand vous avez une paire, deux cartes hautes, ouvrez la mise à hauteur du tapis du joueur.
Ou, si vous êtes plus prudent et économe, ouvrez la mise aux 2/3 de son stack : c’est suffisant pour l’entraîner à tapis s’il entre dans le coup.

Avant plusieurs pauvres :

Avec plusieurs joueurs short stack derrière vous, les probabilités que l’un d’entre eux aille à tapis préflop sont énormes. La probabilité que ce joueur ait une main vraiment solide est par la même occasion multipliée d’autant. Comment vous comporter ?

Choisissez les extrêmes et évitez toute solution moyenne :

-Soit vous resserrez votre sélection de mains comme si vous étiez vous-même short stack et vous ouvrez aux 2/3 des tapis adverses dès que vous avez une main forte.
-Soit vous vous désintéressez du problème et vous attendez qu’ils se fassent éliminer (ou renflouer) par d’autres joueurs.

C’est-à-dire que paradoxalement, vous fuyez leur short stack, et attendez que la situation se clarifie. Cette tactique est judicieuse en tournoi, et surtout à l’approche des places primées : si vous ne l’appliquez pas, vous pouvez endommager votre stack pour un bénéfice finalement médiocre.

Avant un pauvre, puis un riche :

Prenez garde à la conjugaison de joueurs après vous « short stack + deep stack). Si le joueur pauvre met son tapis, le joueur riche, quand il a la main pour défier le pauvre, va souvent sur relancer largement ce tapis pour décourager les autres joueurs et s’isoler en duel avec sa victime.
Bref, vous n’allez plus être confronté au stack du pauvre, mais par une sorte de rebond, au stack du riche. Ce qui offre beaucoup plus d’action vous l’aurez dit !

Changement d’adversaire :

Cet enchaînement d’évènements est extrêmement fréquent et peut causer votre ruine : un moment de faiblesse, une crise de gamble, et, alors que vous étiez juste parti pour dépouiller le pauvre, vous voilà entraîné à jouer votre peau contre le riche. Qui plus est, dans une confrontation à trois ou tout peut arriver !
Donc, si vous voulez jouer prudent, n’hésitez pas à vous coucher après l’intervention lourde du riche, sauf si votre main est excellente.

LE POST-FLOP

Avant un riche :

Si vous n ‘avez pas une combinaison top, il est plutôt conseillé de checker. Il est en effet risqué d’ouvrir une paire seconde, un potentiel de suite ou de couleur avant un riche, car il n’hésitera pas bien souvent à vous suivre et à vous relancer. Vous serez alors entraîné à un choix difficile et peut-être à une pêche hasardeuse.

Demi-semi-bluf :

La manœuvre peut cependant être tentée en la considérant comme un semi-bluff. Mais, votre stack inférieur diminue considérablement votre pouvoir de dissuasion, et donc, l’espoir de voir le riche se coucher. Il ne le fera en fait, que si le flop ne renforce pas du tout sa main.
N’oubliez pas en outre qu’il va continuer à avoir l’avantage du stack sur le turn et la river.
Bien des configurations lui offrent donc de bonnes raisons de vous suivre ou de vous relancer pour vous assommer plus tard.

En revanche, si le flop avantage votre main, ne finissez pas en slow-play, sauf pour un check-raise immédiat en cas de relance. Car, devant un check ou une mise moyenne, le riche poursuivra souvent son exploration du tableau au plus loin. S’il touche quoi que ce soit au tirage, il va vous mettre au pied du mur, peut-être même à tapis
Et, êtes vous encore certain de rester plus fort à ce moment ?

Avant un pauvre :

Avant un vrai pauvre, vous irez rarement jouer les enchères post-flop si vous le voulez : soit il se sera couché, soit le tableau défilera devant vos yeux à la suite d’un all-in. En effet, que vous ayez la combinaison top, max, seconde, ou un potentiel à une carte de tirage au flop, mieux vaut relancer avant le pauvre. Il n’est pas nécessaire de miser à la hauteur de son tapis, la moitié suffit.
Pour lui, les conséquences sont équivalentes, pour vous c’est moins cher si votre main est intermédiaire ou potentielle, et vous obtiendrez le même effet : le plus souvent un abandon, rarement un suivi, et quelque fois une sur-relance à tapis… à suivre.

Au voisinage des blinds, le cas de figure est possible telle qu’une entrée en jeu par simple limp. Ou, post-flop si vous avez une main très forte avec le tableau, que vous sentez gagnante contre le pauvre, le slow play est aussi une solution séduisante.
Après votre check, le pauvre se jettera souvent sur l’occasion de rafler le pot, par une mise moyenne ou à tapis, et souvent en s’appuyant juste sur une paire top – énorme pour lui – son dernier espoir !
Mais, insuffisant pour vous, vous sur relancerez ou suivrez à hauteur de son tapis, il est ruiné.
En ouvrant la mise, vous l’auriez sûrement découragé avant…

Quand la place compte :

Si vous vous trouvez dans une configuration bien spécifique, de tournois ou de petits sit’n go par exemple, à un moment ou il est plus important pour vous de maintenir votre stack que de l’augmenter, vous devez checker et laisser faire si vous n’avez rien de solide avec le flop : inutile de gaspiller vos jetons.
Donc, en cas d’ouverture d’un des pauvres, suivie ou relancée par un des autres, couchez-vous sans hésiter. Vous les éliminerez plus tard !