Tournoi de poker
Le poker de tournoi est un des plus passionnants et des plus exigeants qui soient.
D’un côté, le joueur y est débarrassé de toute pression financière directe au coup par coup : les jetons qu’il mise n’ont qu’une valeur virtuelle. D’un autre côté, ils gardent une valeur énorme, car s’il les perd, il ne joue plus: ces jetons sont sa vie!
Le dernier jeton est parti ? C’est fini. Tout de suite. Instantanément. Et tous les autres continuent sans vous. Et tout espoir de victoire est à jamais envolé. Terrible… Mais vous pouvez aussi, si vous jouez avec discernement et sagesse, vous maintenir suffisamment longtemps pour vivre une formidable aventure.
Un étonnant voyage au long cours, marqué par de très nombreuses mains avec des adversaires différents, d’incroyables successions de déconvenues et de coups d’éclat, d’espoirs et de désillusions : une véritable dramatique !
C’est pourquoi les tournois sont sans doute un des tout premiers agents du formidable succès du Hold’em et donnent à ce jeu sa véritable mesure, une combinaison idéale d’endurance, de stratégie, et d’audace.
Les différentes formules
Engagements et prix
Au départ d’un tournoi, tous les joueurs paient un droit d’engagement (buy-in). Ils obtiennent en échange une cave de départ, égale pour tous. Ces jetons n’ont aucun rapport de valeur avec le droit d’engagement: ils représentent seulement le capital de survie du joueur dans la compétition. Il le perd, il est éliminé.
La somme totale des droits d’engagement (moins un prélèvement de l’organisateur) sera répartie entre les meilleurs joueurs, selon un tableau qui dépend du nombre de joueurs en lice. Ce sont les 10 premiers joueurs, arrivés à la table finale, qui remportent de loin les plus gros prix., les suivants, parfois nombreux, recevant un lot de consolation.
Les joueurs, dont le nombre peut parfois être très élevé, sont alors réunis aléatoirement par tables de 10 au maximum. Certains tournois, annoncés « SH » (short-handed) limitent à 6 le nombre de joueurs de chaque table. C’est préférable pour la qualité de jeu.
Les tournois dits « Sit & Go » ne commencent que quand un certain nombre de participants est atteint. Ce sont souvent des tournois à droit d’engagement élevé.
Recaves et ajouts
Selon la formule, les joueurs ont le droit ou non de reprendre des jetons au cours du tournoi, par rebuy (achat d’une nouvelle cave) ou add-on (ajout légèrement supérieur à la cave). Ces « bonus » de jetons sont toutefois limités, sinon le tournoi ne finirait jamais et le jeu perdrait toute densité Un tournoi ou une phase de tournoi sans recave ni ajouts est dit « freeze-out ».
Généralement, les buy-ins ne peuvent se fane que dans la ou les premières heures de jeu, et seulement quand le stack du joueur est descendu sous sa cave initiale. Les add-ons, eux, interviennent souvent pendant la pause de jeu. avant la seconde partie du tournoi… À partir de ce moment, aucun joueur ne peut plus augmenter son stack, si ce n’est bien sûr… en remportant des pots! Il faut savoir enfin qu’aucune recave ni ajout n’intervient jamais, dans aucun tournoi d’aucun pays d’aucune planète, au beau milieu d’un coup. Bref, la scène légendaire du joueur qui pose sur la table sa montre, sa fiancée, la carte grise de sa Rolls et son pantalon pour compléter sa mise, est purement mythique !
Le stack ou la vie ?
Un joueur est éliminé d’un tournoi quand il a perdu son stack et qu’il n’y a pas ou plus de recave. Mais deux structures de compétition existent: dans la première, dite « shoot-out », on attend qu’il ne reste plus qu’un seul joueur, ayant éliminé tous les autres, à chaque table. On réunit alors ces vainqueurs à une ou plusieurs tables, et ils repartent « à zéro », c’est-à-dire tous à égalité, avec une cave de départ, quel que soit le stack qu’ils aient pu accumuler auparavant. On continue ainsi jusqu’à obtenir 10 joueurs pour la table finale. C’est somme toute une formule de coupe. Dans la formule « championnat », on attend seulement qu’il reste 10 joueurs, sans finales intermédiaires par table. C’est une immense partie où les tables importent peu: au fil des éliminations, certains joueurs sont déplacés pour conserver un nombre de joueurs égal ou approchant à toutes les tables.
Enfin, dans une formule ou l’autre, il est habituel de faire augmenter la blind et la mise minimale à des intervalles de temps réguliers. Au bout d’un certain temps, on ajoute même une « ante », petite mise obligatoire mais pour tous les joueurs. Cette règle permet de raccourcir la durée de la compétition et d’inciter les joueurs à jouer: les plus attentistes ont en effet tendance à floper tranquillement en attendant l’élimination des autres. S’ils persistent, la montée des mises minimales dévalue leur stack, et le retour régulier des blinds élevées, plus les antes, finit immanquablement par les ruiner.
Les satellites
La particularité des tournois satellites, quelle qu’en soit la formule, est de donner à son ou ses vainqueurs accès à un autre tournoi. La récompense est loin d’être négligeable : pour un droit d’engagement dérisoire, vous pouvez ainsi vous qualifier pour un tournoi prestigieux dont le buyin est exorbitant, par exemple les WSOP dont l’entrée est quand même à 100000 $ ! C’est le principe de la tontine: tous les joueurs du tournoi que vous avez gagné vous « offrent » (pas de gaîté de coeur, certes) ce sésame par leurs droits d’engagement. Il est bien sûr nécessaire de gagner plusieurs tournois satellites pour obtenir ce miracle, et plus vous partez de loin, moins vous payez. En investissant environ 2 $, il vous faudra par exemple gagner 3 tournois avant de vous retrouver invité au « main event » à 100000 $. Impossible? Pas du tout. Plusieurs champions du monde se sont qualifiés ainsi.
Que choisir ?
L’inconvénient des tournois « championnat » est le mouvement des joueurs : un joueur déplacé pour compléter une table se retrouve soudain au milieu d’adversaires inconnus, dont certains jouent ensemble depuis plusieurs mains. C’est un véritable désavantage et les dimensions de déduction et d’affrontement psychologique sont momentanément brisées.
La faiblesse des shoot-outs est plutôt d’avantager les profils passifs (à l’exception des duels de conclusion de chaque table, nécessairement agressifs) en « oubliant » les pots gagnés à chaque victoire intermédiaire. On peut aussi attendre longtemps que le tournoi continue, une ou deux tables ne parvenant pas à délivrer leur vainqueur. Dans ce type de tournoi, privilégiez les « turbos », où les blinds augmentent à intervalles plus courts.
À vous de décider: question de goût et de style de jeu!
Jouer sans filet
Cependant, nous ne recommandons pas les tournois avec une première phase de buy-ins et/ ou add-ons. La possibilité de se recaver incite en effet les joueurs à un jeu trop relâché. On assiste alors à beaucoup de tapis que ne justifient ni une main puissante ni une subtile manoeuvre psychologique. En outre, dans les tournois payants, c’est une façon directe de vous pousser à la consommation: chaque buy-in ou add-on se paie cash. Donc vous ne mettez plus en jeu une somme unique fixée en début de tournoi, mais très évolutive en fonction de vos possibles égarements ou coups de malchance… Méfiance ! Enfin, cette règle institue en fait à l’intérieur de la partie un jeu à deux vitesses : celle des plus riches ou dépensiers, qui peuvent se permettre un jeu relâché en re-buyant sans cesse, et celle des plus pauvres ou radins, qui doivent défendre avec toutes leurs qualités leur unique cave de départ. Les conséquences sont encore moins équitables dans les tournois de type « championnat ». Bref, mieux vaut jouer sans filet !


